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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 23:49

Mary-Jayne-Gold.jpg

 

Si vous souhaitez lire un livre palpitant et plein de fraîcheur avec en prime un rare recul sur les événements troubles de la Seconde Guerre mondiale, vous ne pouvez passer à côté de Marseille année 40 de Mary Jayne Gold. Attention, une fois entamé, vous ne pourrez plus lâcher ce livre. Crises de fou rire à prévoir au fil des pages même si l'histoire rejoignant l'Histoire contient la tragédie qu'on lui connaît.

 

Jeune femme issue de la bourgeoisie américaine et protestante, Mary Jayne est à l’abri du besoin grâce à sa famille fortunée. Dans les années 30, elle passe le plus clair de son temps entre Londres, Cannes, Majorque et la chic station de ski de St Moritz. Cette existence oisive qu’elle qualifie elle-même de « dorée » sera bientôt bouleversée.

 

C’est à la fin des années 30 qu’elle débarque à Paris, sans se douter que le deuxième plus gros conflit mondial éclaterait quelques mois plus tard. La drôle de guerre, où le temps semble suspendu, ne tarde pas à céder la place à une France occupée et affolée devant l’arrivée des troupes allemandes. Une suite de hasards mènent Mary Jayne Gold à Marseille en 1940, après des centaines de kilomètres parcourus sur les routes de France, en compagnie de millions d’autres réfugiés souhaitant gagner la zone libre.

 

Au début, on a un peu l'impression de lire du Simone de Beauvoir, mais en plus trash et plus hilarant. Son histoire commence en Italie où elle est envoyée dans une école privée pour jeunes filles de bonne famille. L’humour est au rendez-vous avec à la clé des anecdotes croustillantes sur les aventures amoureuses de ses copines de pensionnat. Eh oui les préservatifs et les godemichets existaient dans les années 20. 

 

Mais outre ces détails cocasses, ce livre est une mine de renseignements précieux, non seulement sur la France des années 40, plongée dans les affres de la guerre, mais aussi sur les personnages célèbres, sauvés par le fameux ERC (Emergency Rescue Committe) présidé par Varian Fry. Il viendra en aide à des centaines de personnes menacées d’internement et de déportation en leur fournissant les papiers nécessaires pour entrer aux États-Unis ou en Martinique. Quand Varian Fry débarque à Marseille en 1940, il possède une mince liste contenant seulement quelques centaines de noms qu'il doit sauver, noms de personnages célèbres, comme Hannah Arendt et Marc Chagall, communiqués entre autres par le musée d'art moderne de New York. Ces noms se sont distingués dans le milieu de l'art, du théâtre, du cinéma, de la musique, de la littérature, de la science, de la philosophie et de la politique. Un point commun, ils sont tous en danger de mort, inutile de préciser qu'il y aura beaucoup de juifs.

 

À Marseille, c'est une amie américaine, Miriam Davenport, qui la fait entrer au Centre américain de Secours (CAS). Celle qui apparaît comme désinvolte, écervelée et naïve en amour n'hésitera pas à mettre sa fortune au service d'une grande cause, le sauvetage des opposants au nazisme. Non seulement, elle met son argent à la disposition du comité, mais en plus elle se révélera une aide précieuse en travaillant à l'accueil auprès des réfugiés, venus de toute l'Europe pour demander de l'aide à Marseille. Elle ira même jusqu'à solliciter l'octroi d'une permission auprès d'un directeur de camp d'internement, prête à jouer de ses charmes et à passer à l'acte s'il le faut, une bonne dose d'alcool aidant. Eh oui, Marie Jayne est comme ça, une femme entière et généreuse qui croit en ce qu'elle fait. C'est en partie grâce à l'aide financière de cette Américaine que la liste de Varian Fry s'allongera jusqu'à 2 000 noms, dont des anonymes. Au cours du récit, on apprend que Matisse et Picasso soutiendront eux-aussi les activités du comité.    
 

Mais, direz-vous, que représentent 2 000 réfugiés sauvés par rapport aux 6 millions de juifs, victimes du nazisme ? Est-ce que la notoriété donne plus droit à la vie que l'anonymat ? Telles sont les questions abordées par la postface de Pierre Sauvage. Mary Jayne avoue qu'elle et le comité ignoraient en 1940 que Hitler puisse, en toute impunité et avec la complicité de Vichy, mettre à exécution sa solution finale. Vichy aura une attitude ambivalente vis-à-vis du comité qu'il tolère un temps. Après tout, la fuite de quelques centaines de réfugiés n'est pas pour lui déplaire dans un certain sens. Mais cela sera de courte durée. Quant aux États-Unis, ils ne voient pas d'un très bon œil les activités illicites de Fry et l'afflux de tous ces réfugiés dont la liste s'étend.

 

Il faut dire que Varian Fry recourra plus d'une fois à des voies illégales pour obtenir de faux visas ou exploiter des filières de passeur tenues secrètes à la frontière espagnole. Il fera même fabriquer de faux documents d'identité, la fin justifiant les moyens. Et quand on sait que la fin, c'est la vie... Malheureusement certains personnages auront moins de chances que d'autres, certains seront arrêtés et internés. Beaucoup se terront dans des cachettes et des taudis pendant des mois avant de pouvoir fuir. Difficile de garder le moral et l'espoir dans ces conditions. Le philosophe Walter Benjamin (célèbre traducteur de Baudelaire, Balzac et de Proust) sera refoulé à la frontière espagnole et se suicidera  en avalant du poison dans sa chambre d'hôtel.

 

Marie-Jayne et Miriam fondent une colocation dans une bastide du XIXe siècle, une coloc un peu Berlinoise, située dans le quartier de La Pomme, alors banlieue rurale de Marseille. La villa, volontiers nommée « Le  château » verra défiler des personnalités éminentes telles que le surréaliste André Breton, l'écrivain Victor Serge, ancien sympathisant du mouvement anarchiste de la bande à Bonnot, Consuelo de Saint Exupéry, Max Ernst, Peggy Guggenheim... On en apprend un peu plus sur André Breton, un homme à la stature imposante, qu'on aime ou qu'on déteste d'emblée, sans juste milieu, selon Marie Jayne. Au fil du récit, on fait partie de la bande, on se sent bien dans cette bâtisse au milieu des vieux meubles à l'odeur poussiéreuse et rustique. Un refuge campagnard à l'ambiance rock n' roll avant l'heure.

 

Mais, durant l'année qu'elle passe à Marseille, Marie Jayne est tiraillée entre deux passions opposées et difficilement conciliables : son travail au comité et son amour irraisonné pour un bandit de la pègre marseillaise, Raymond Couraud, dénommé « Killer ». Ces deux amours entreront régulièrement en conflit, Killer détestant André Breton et les autres colocataires du château, hormis Victor Serge qu'il admire. Il faut dire que les activités « mafieuses » du jeune homme de vingt ans, dix ans plus jeune que Marie-Jayne, représenteront plus d'une fois un danger pour le comité qui voit d'un très mauvais œil cette relation. En retour, Raymond sera jaloux de l'argent offert par Marie Jayne à cette cause et il ira même jusqu'à voler les bijoux de sa compagne avec l'aide d'un complice. Malgré les sales coups de son petit ami et grâce à son faible pour les voyous, l'abnégation amoureuse conduira l'Américaine à tout mettre en œuvre pour faire sortir ce délinquant de son milieu mafieux. Et incroyable mais vrai, grâce à Marie Jayne, Raymond parviendra bien à quitter la pègre et à faire figure de héros. Si vous voulez en savoir plus, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

 

Des rebondissements à n'en plus finir et un suspens digne des plus grandes épopées, on a tendance à oublier que le livre qu'on tient entre les mains n'est pas un roman mais une autobiographie, un document historique authentique. En fait les ingrédients qu'on souhaiterait justement trouver dans bon nombre de romans...

 


 

 


 

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Nicolas Sconza - dans Livres
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